Entretien : Le Roy  « Il ne faut pas fonctionnariser le métier de sélectionneur »

Entretien : Le Roy  « Il ne faut pas fonctionnariser le métier de sélectionneur »

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Claude Le Roy, installé sur le banc de touche du Togo depuis avril 2016, a décidé de procéder à des changements aussi surprenants que nombreux pour les trois matchs du mois de juin – Nigeria, Comores, Algérie –, en écartant de nombreux cadres. Et, pour les remplacer, il a fait appel à de jeunes joueurs évoluant presque tous dans le championnat local ou dans des académies.

 

Faire de tels choix, avec les absences de Romao, Akakpo, Mamah, Ouko-Akoriko, Segbefia ou Boukari, pour affronter notamment le Nigeria et l’Algérie, c’est osé…

Je suis là pour faire avancer le football togolais. Déjà, je tiens à dire que les portes de la sélection ne sont fermées à personne. Certains anciens ont été évidemment touchés quand ils ont appris qu’ils n’étaient pas concernés par les trois matchs de juin. Le calendrier se prêtait aussi à ce genre d’initiative, avec deux matchs amicaux, contre l’une des meilleures sélections africaines, le Nigeria, et une autre qui progresse, les Comores. Cela fait plus d’un an que je suis sélectionneur du Togo. Je suis très souvent sur place, j’ai vu avec mon staff technique des matchs de championnat, des matchs disputés par des académies, des tournois de quartier.

 

Et vous avez donc décidé de modifier en profondeur le profil de la sélection…

En 1985, quand j’avais été nommé au Cameroun, j’avais déjà fait la même chose. En appelant des jeunes tout en conservant une ossature, ce qui est le cas aussi avec le Togo. Je me souviens que nous étions partis en tournée au Cameroun. Les quatre premiers matchs, nous avions pris quelques raclées. Et lors des sept autres, nous n’avions pas perdu. Un sélectionneur est là pour faire des choix. J’ai vu des choses très intéressantes au Togo depuis un an. Le championnat national, qui avait été interrompu pendant trois ans, a repris cette saison, et on voit des joueurs avec un vrai potentiel. Alors, pourquoi ne pas leur donner leur chance ?

 

Oui, pourquoi ?

Ces derniers temps, ce n’était pas compliqué de savoir qui serait sélectionné. C’était toujours les mêmes joueurs. Qu’ils jouent ou pas en club, ils étaient quasiment assurés d’être là. Il ne faut pas fonctionnariser le métier de sélectionneur. Au contraire, celui-ci doit faire des choix, prendre des risques.

 

Il y a eu des choses lors de la CAN au Gabon qui vous ont déplu ?

Non, pas du tout. Les regrets que nous pouvons avoir, c’est de ne pas avoir fait un peu mieux, car je pense qu’il y avait un coup à jouer.

Vous savez très bien comment cela se passera : si les choses tournent bien, vous serez félicité. Si elles tournent mal, vous allez en prendre plein la gueule …

(Rires) C’est exactement ça ! Mais j’ai dit aux joueurs qu’ils soient détendus, relax. J’assumerai si ça se passe mal. J’aurais pu être beaucoup plus confortable, c’est vrai. Il faut aussi penser à l’avenir du football togolais. Il y a des jeunes avec des qualités. Cela apporte un vent de fraîcheur extraordinaire. Bien sûr, ils sont un peu impressionnés. Certains ont pris l’avion pour la première fois. C’est aussi la première fois qu’ils vont à l’étranger. Et pour quelques-uns, ils n’étaient jamais venus à Lomé, la capitale.

 

Plus que vos choix, c’est le nombre qui interpelle…

Encore une fois, je le répète, la porte de la sélection est toujours ouverte. Après le match en Algérie le 11 juin, nous n’aurons que des matchs amicaux à disputer avant le mois de mars. Ce calendrier bizarre m’offre la possibilité de faire des essais. J’essaie de le transformer en avantage, alors qu’au départ, cet agenda est plutôt un handicap. L’avenir nous dira si j’ai eu raison. Aujourd’hui, nous sommes en face d’une page presque blanche. C’est à nous de l’écrire.

 

Comment se passent ces premiers jours avec cette nouvelle génération ?

Il y a des gamins de 17, 18 ou 19 ans… On prend énormément de plaisir sur le terrain. Bien sûr, il y a du travail. On doit beaucoup insister avec le staff sur le replacement, les déplacements, les questions tactiques. Ces jeunes ont un talent brut. Il faut donc améliorer des choses. Ce qui est dommage, c’est que nous ayons eu peu de séances d’entraînement en commun. Mais si on ne leur donne pas leur chance sur le plan international, on ne saura jamais ce qu’ils valent. Et puis, ils sont émerveillés par ce qu’ils voient. Des matchs contre l’Algérie et le Nigeria. On en a aussi profité pour aller visiter un peu Paris : Notre-Dame, la tour Eiffel… C’est à mes yeux important de profiter de certains moments où on peut couper un peu, profiter de l’endroit où on se trouve.

 

Parmi les cadres, il y a Emmanuel Adebayor. Vous l’aviez prévenu qu’il allait découvrir pas mal de nouveaux visages ?

Oui bien sûr. Comme il a disputé la finale de la Coupe de Turquie avec Başakşehir, il ne nous rejoindra que lundi. Il était au courant. Pour lui, ce n’est pas un problème. Il a un comportement exemplaire en sélection. C’est vraiment un grand frère. Il est très impliqué, très professionnel. C’est un formidable joueur, un grand attaquant. Je sais comment il fonctionne et il sait comment je fonctionne. Il y a beaucoup de respect entre nous. Il sait que je suis intransigeant sur les règles de vie du groupe. Mais je le répète, son comportement est irréprochable. Son aura est immense au Togo. Et il a prouvé quel attaquant il était lors des quelques mois qu’il vient de passer en Turquie…

Source : So Foot